portrait
Jean-Marie PELT, catholique et écologiste fervent, est décédé le 23 décembre 2015 à 82 ans.

La nouvelle du décès de Jean-Marie PELT nous touche particulièrement, aux éditions Temps Présent. Il venait en effet de nous donner un de ses derniers textes, dans le cadre d’un ouvrage collectif autour de l’encyclique « Laudato Si' » : François, le pape vert (sorti le 13 novembre 2015). Contacté début juin, Jean-Marie PELT avait répondu « oui » immédiatement et très chaleureusement. L’enthousiasme et le partage faisaient partie de ses grandes qualités. Comme il l’explique dans son texte, dont nous reproduisons ci-dessous quelques extraits, il s’était souvent senti seul, car au croisement de deux univers qui, jusqu’à la publication « miraculeuse » de l’encyclique « Laudato Si' », ont très souvent eu du mal à se reconnaître et à se retrouver : les écologistes et les catholiques. Jugé parfois trop réactionnaire par les premiers, il lui arrivait en revanche d’être considéré comme trop avant-gardiste (ou « panthéiste », comme il le raconte ci-dessous) par les seconds. Or Jean-Marie PELT était aussi fervent écologiste que catholique. Et n’a jamais transigé ni sur ses convictions, ni sur sa foi. Il aura donc eu, avant de partir, le bonheur de lire l’encyclique du pape François, dont il parlait avec une immense joie, qui est venue saluer les combats d’une vie.

Extraits du texte publié par Jean-Marie PELT dans François, le pape vert :

« L’écho de cette encyclique est incroyable, et pour une raison simple : c’est un texte remarquable. Il mérite amplement le succès qu’il a rencontré. Je dois bien reconnaître, d’ailleurs, qu’il m’a surpris. Ces dernières décennies, les papes successifs ont parfois fait des textes sur l’écologie mais ils étaient beaucoup plus courts et n’ont pas vraiment porté à l’intérieur même de l’Église catholique. Ici, François tape très fort… et cela me comble de joie ! D’autant qu’il fait un travail que l’on pourrait qualifier d’holistique. Il porte une vision cohérente et globale. L’écologie dont il parle englobe les évolutions des sociétés humaines, notamment dans les domaines politique et économique. Avant, lui, des papes comme Jean-Paul II ou Benoît XVI avaient publié des textes très forts et très critiques à propos de l’évolution économique de nos sociétés, mais ils ne faisaient pas le lien avec l’écologie. Avec ce texte, l’écologie sort de la marginalité. (…)

La nature, par la voix du pape, est désormais notre bienveillante mère. Or il faut bien souligner que l’Église catholique n’était pas très claire sur ce point. Le pape François, lui, a le mérite d’être très clair. On ne pourra pas lui faire dire ce qu’il n’a pas dit. Et il marque ici une évolution nette dans la doctrine catholique. Ce qui déplaît forcément à certains… Je sens bien la difficulté pour le monde catholique d’avaler ce gros pavé sur l’écologie, arrivé assez subitement, qui bouleverse les discours et les habitudes. Et je m’en réjouis absolument ! (…)

Ce texte [Laudato Si‘, NDE] marque un tournant fondamental. Je me suis souvent senti très seul et très marginal dans le monde catholique quand je parlais d’écologie. Je me souviens d’une émission religieuse à la télévision, dans les années 1990, dans laquelle j’avais été invité, au côté d’un théologien : il m’avait reproché d’être panthéiste. Or j’ai toujours défendu l’idée du Dieu créateur. Mais c’était la façon dont on qualifiait très souvent celles et ceux qui se préoccupaient d’environnement.

Désormais, je ne me sens plus seul. »

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