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LE PAPE VERT

Autour du livre "François, le pape vert" (éditions Temps Présent)

« Désormais, je ne me sens plus seul », par Jean-Marie PELT

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Jean-Marie PELT, catholique et écologiste fervent, est décédé le 23 décembre 2015 à 82 ans.

La nouvelle du décès de Jean-Marie PELT nous touche particulièrement, aux éditions Temps Présent. Il venait en effet de nous donner un de ses derniers textes, dans le cadre d’un ouvrage collectif autour de l’encyclique « Laudato Si' » : François, le pape vert (sorti le 13 novembre 2015). Contacté début juin, Jean-Marie PELT avait répondu « oui » immédiatement et très chaleureusement. L’enthousiasme et le partage faisaient partie de ses grandes qualités. Comme il l’explique dans son texte, dont nous reproduisons ci-dessous quelques extraits, il s’était souvent senti seul, car au croisement de deux univers qui, jusqu’à la publication « miraculeuse » de l’encyclique « Laudato Si' », ont très souvent eu du mal à se reconnaître et à se retrouver : les écologistes et les catholiques. Jugé parfois trop réactionnaire par les premiers, il lui arrivait en revanche d’être considéré comme trop avant-gardiste (ou « panthéiste », comme il le raconte ci-dessous) par les seconds. Or Jean-Marie PELT était aussi fervent écologiste que catholique. Et n’a jamais transigé ni sur ses convictions, ni sur sa foi. Il aura donc eu, avant de partir, le bonheur de lire l’encyclique du pape François, dont il parlait avec une immense joie, qui est venue saluer les combats d’une vie.

Extraits du texte publié par Jean-Marie PELT dans François, le pape vert :

« L’écho de cette encyclique est incroyable, et pour une raison simple : c’est un texte remarquable. Il mérite amplement le succès qu’il a rencontré. Je dois bien reconnaître, d’ailleurs, qu’il m’a surpris. Ces dernières décennies, les papes successifs ont parfois fait des textes sur l’écologie mais ils étaient beaucoup plus courts et n’ont pas vraiment porté à l’intérieur même de l’Église catholique. Ici, François tape très fort… et cela me comble de joie ! D’autant qu’il fait un travail que l’on pourrait qualifier d’holistique. Il porte une vision cohérente et globale. L’écologie dont il parle englobe les évolutions des sociétés humaines, notamment dans les domaines politique et économique. Avant, lui, des papes comme Jean-Paul II ou Benoît XVI avaient publié des textes très forts et très critiques à propos de l’évolution économique de nos sociétés, mais ils ne faisaient pas le lien avec l’écologie. Avec ce texte, l’écologie sort de la marginalité. (…)

La nature, par la voix du pape, est désormais notre bienveillante mère. Or il faut bien souligner que l’Église catholique n’était pas très claire sur ce point. Le pape François, lui, a le mérite d’être très clair. On ne pourra pas lui faire dire ce qu’il n’a pas dit. Et il marque ici une évolution nette dans la doctrine catholique. Ce qui déplaît forcément à certains… Je sens bien la difficulté pour le monde catholique d’avaler ce gros pavé sur l’écologie, arrivé assez subitement, qui bouleverse les discours et les habitudes. Et je m’en réjouis absolument ! (…)

Ce texte [Laudato Si‘, NDE] marque un tournant fondamental. Je me suis souvent senti très seul et très marginal dans le monde catholique quand je parlais d’écologie. Je me souviens d’une émission religieuse à la télévision, dans les années 1990, dans laquelle j’avais été invité, au côté d’un théologien : il m’avait reproché d’être panthéiste. Or j’ai toujours défendu l’idée du Dieu créateur. Mais c’était la façon dont on qualifiait très souvent celles et ceux qui se préoccupaient d’environnement.

Désormais, je ne me sens plus seul. »

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« Un guide de lecture passionnant »

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René Poujol, journaliste et blogueur, a lu et apprécié François, le pape vert

La lecture de François, le pape vert (Ed. Temps Présent) confirme cette observation qu’une relecture personnelle, maintes fois répétée, d’un texte comme Laudato si’, si féconde soit-elle, n’équivaudra jamais à la richesse que représente l’accès au regard des autres sur ce même texte.

Les douze auteurs de l’ouvrage s’accordent sur la portée exceptionnelle de l’encyclique : «Evénement majeur» pour Pierre Cannet du WWF, «boussole providentielle» pour Nicolas Hulot, là où l’économiste jésuite Gaël Giraud voit le «document le plus important du magistère catholique depuis le Concile Vatican II». Un document, nous dit Guy Aurenche, à mettre en parallèle avec Populorum Progressio, l’encyclique du pape Paul VI sur le développement, tant l’urgence écologique est à notre siècle commençant ce que fut celle du développement dans la décennie 70 ; tant l’écologie intégrale du pape François entre en résonance avec le développement également intégral de son prédécesseur.

Pour la philosophe Corine Pelluchon, le texte du pape François apporte à l’écologie ce supplément d’âme qui pourrait la faire sortir «de la marginalité» où Jean-Marie Pelt la voit enfermée. Elle écrit : «L’écologie est souvent considérée comme une discipline à part, coupée de toute interrogation sur l’existence humaine. Cette conception atomiste est l’une des raisons pour lesquelles les discours des écologistes ne convainquent pas.»

Voilà un guide de lecture passionnant qui donne envie de re-prendre en mains Laudato si’. A moins de 10 €… n’hésitez surtout pas !

Par René Poujol, journaliste, blogueur , ancien directeur de l’hebdomadaire Pèlerin

« Laudato si’, la foi dans un sursaut écologique mondial », par Gaël Giraud

L-ecologie-moins-un-luxe-qu-une-necessite_articleLe texte qui suit est la version intégrale de celui paru dans l’ouvrage collectif « François, le pape vert », publié le 13 novembre 2015 aux éditions Temps Présent. Gaël Giraud est jésuite, économiste en chef de l’Agence Française de Développement, directeur de recherche au CNRS, directeur de la chaire « énergie et prospérité » :

La Banque Mondiale a depuis longtemps identifié les religions comme un facteur décisif du développement1. En France, pays où la laïcité peine encore à trouver sa juste place dans l’ère post-séculière inaugurée depuis une vingtaine d’années, l’envoyé spécial du Président de la République pour l’écologie, Nicolas Hulot, et l’ancien ministre du développement, Pascal Canfin, mettent désormais volontiers l’accent sur le rôle que les traditions spirituelles sont appelées à jouer dans le débat mondial sur la transition écologique. En témoigne notamment le “sommet des consciences” qui s’est réuni à Paris le 21 juillet 2015, à l’initiative de Nicolas Hulot et de Bayard, autour d’une quarantaine de personnalités religieuses. En Allemagne, un héritier de l’Aufklärung comme Jürgen Habermas, s’apprête à publier un opus magnum dédié notamment à la nécessaire contribution des religions dans l’espace public de discussion européen, dans le droit fil de la Religion innerhalb der Grenzen der blossen Vernunft de Kant.

C’est dans cet esprit —contribuer au débat démocratique mondial sur le climat— que le pape François a publié, le 18 juin dernier, l’encyclique, Laudato si’. En s’adressant à la “famille humaine”, et non plus exclusivement à l’Église comme il l’avait fait dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, François s’inscrit à son tour dans le sillage de l’encyclique Populorum progressio de Paul VI, qui, en 1968, adressait à l’ensemble de l’humanité un appel à lutter contre les injustices internationales et le sous-développement.

Sans doute Laudato Si, à cause de la manière dont elle engage l’Église dans le débat de la communauté internationale, constitue-t-elle le document le plus important du magistère catholique depuis le Concile Vatican II. Sa réception2 promet d’être longue. On peut néanmoins d’ores et déjà faire l’hypothèse qu’elle s’organisera autour de deux questions principales au moins, qui structurent en grande partie les enjeux herméneutiques qu’elle soulève :

1) Quelle contribution ce texte apporte-t-il au débat la communauté internationale ?

2) Et, dans une perspective davantage réflexive, quelle manière de se situer, ou quel « style » de communication3, cette contribution implique-t-elle de la part de l’Église catholique ?

C’est à ces deux questions que nous tentons, dans ce qui suit, d’esquisser des éléments de réponse.  

1. Refuser la prédation écologique.

A cinq mois de la Cop21, l’encyclique Laudato Si’, qui se situe elle-même dans le prolongement des prises de parole du patriarche Bartholomée 1er et de nombreuses conférences épiscopales nationales (d’Amérique latine et du sud-est asiatique en particulier a constitué un véritable séisme au sein de la communauté internationale. En France, le président de la République et le premier ministre, mais aussi Ségolène Royal, presque toutes les personnalités politiques de droite comme de gauche –-à l’exception notable du Front National—, ou encore des intellectuels comme Edgar Morin4 ou Cécile Renouard5, ont publiquement reconnu que ce texte constituait un “tournant” décisif dans la prise de conscience mondiale des enjeux associés au dérèglement climatique et aux dévastations écologiques que provoquent nos modes de vie. Deux mois après la parution de l’encyclique, le 18 août 2015, des intellectuels et des dignitaires religieux musulmans, issus d’une vingtaine de pays, lançaient à Istamboul un appel en faveur d’un accord ambitieux lors du sommet intergouvernemental sur le climat de la Cop21, en décembre 2015.

Il ne fait guère de doute que cet écho, inédit pour un document de cette nature, tient à la fois aux positions qu’il adopte au sein du débat international et à la manière dont il le fait —sur laquelle je reviendrai en conclusion de cet essai. Pour ce qui est du débat lui-même, le chapitre 1 reconnaît de manière explicite que le dérèglement climatique est gravissime et en grande partie dû à l’activité humaine. François rappelle que ce point ne fait plus débat dans la communauté scientifique. Pareille reconnaissance est inédite dans un document magistériel à ce niveau de normativité6. (L’académie des sciences pontificale n’avait d’ailleurs pas reconnu officiellement la responsabilité anthropique avant le printemps 2015.) Elle ne manque pas, du reste, de rencontrer une certaine résistance jusque dans les rangs catholiques7. Las, même après Copernic, il a dû exister pendant des décennies d’obscurs bastions pour continuer de soutenir que, non, décidément, le soleil tourne autour de nous.

2. Écologie et justice sociale sont indissociables.

Le premier chapitre de l’encyclique souligne en particulier les bouleversements irréversibles que le mode de vie et de production des plus riches fait subir à la biodiversité et aux équilibres écosystémiques infiniment fragiles et précieux (31). Ce point est important car la biodiversité, notamment à cause de la difficulté que nous éprouvons à mesurer et quantifier les services écologiques qu’elle nous rend, est souvent laissée pour compte dans les débats autour du changement climatique. Mais le pape souligne aussitôt que les premières victimes de ce mode de vie prédateur, ce sont, dès aujourd’hui, les populations pauvres. Et tout particulièrement en Afrique. Autrement dit, Laudato Si’ articule immédiatement le dérèglement climatique à la justice sociale, prenant à contre-pied le soupçon entretenu par une certaine « gauche » militante pour qui l’écologie est une diversion bourgeoise de la « lutte des classes ». Au contraire, le souci pour l’environnement n’est pas séparable, aux yeux de François, de la justice sociale, raison pour laquelle l’encyclique en appelle à une écologie “intégrale”, comprise comme le soin que nous devons accorder à notre “maison commune”. Ce qui signifie tout aussi bien lutter contre la pauvreté — la réduction relative des statistiques liées à la pauvreté extrême est en partie un artefact statistique, et pour le reste, essentiellement due à la Chine : elle n’a donc rien à voir avec le consensus de Washington8— que lutter pour la survie des massifs coralliens.

Renouant avec les origines latino-américaines de ce concept, et en particulier l’action politique décisive de l’ONG accion ecologica, l’encyclique va jusqu’à évoquer une « vraie ‘dette écologique’, particulièrement entre le Nord et le Sud » (51)9. Cette notion pose de véritables défis méthodologiques pour en mesurer l’étendue10. Surtout, sa prise au sérieux implique de consentir à une certaine substituabilité entre dettes financière et écologique —ce qui fut l’un des arguments avancés dans les années 1990 pour réclamer l’annulation de la dette des pays surendettés du Sud. Aujourd’hui, pareille substituabilité conduirait à poser la question de savoir qui, de la Grèce dont l’empreinte écologique est négligeable, ou de l’Allemagne (qui, en dépit d’une Energiewende affichée, renoue depuis plusieurs années avec l’exploitation industrielle de la lignite) est le débiteur de qui.

La « dette écologique » cristallise d’ailleurs la raison principale des difficultés des négociations intergouvernementales sur le climat, au point mort depuis Copenhague (2009) : les pays du « Sud » font à juste titre le reproche au « Nord » d’être le pollueur historique et l’appellent à assumer financièrement ses responsabilités en contribuant au financement de la transition énergétique au Sud. Et bien des pays du Nord cherchent des alibis pour fuir une telle responsabilité. La Cop21 à Paris, en décembre 2015, et la suite des négociations qu’elle aura rendues possibles ne seront un succès que si cet obstacle majeur parvient à être surmonté de manière crédible pour les deux groupes de pays en présence —groupes qui sont eux-mêmes loin d’être homogènes, on l’a dit. De ce point de vue, une contribution majeure au débat a été fournie par le rapport remis par Pascal Canfin et Alain Grandjean au Président de la République, le 18 juin 201511. Ledit rapport présente, en effet, des mesures concrètes de financement innovant de la transition énergétique au Sud. Un engagement fort de la part des pays du Nord en faveur de l’une ou l’autre de ces mesures serait un signal extrêmement encourageant pour leur crédibilité dans les négociations climatiques.

3. Cesser d’idolâtrer la technique.

D’où vient la “culture du déchet” (15) qui provoque le désastre actuel ? Le diagnostic de l’encyclique identifie les techno-sciences idolâtrées (104 sq), alliées à la financiarisation et à la folie d’une économie fondée sur une production et une consommation sans limites (56), comme les trois maux à la racine du problème. Autant dire que le pape François ne croit pas à une solution par la géo-ingénierie. Et encore moins par le marché.

De fait, au nom d’un rapport littéralement magique à la technique, certains entendent s’exonérer des conclusions que tire le pape du diagnostic précédent en faveur d’un changement radical de civilisation. “On trouvera toujours une solution !” sert de prêt-à-penser commode à ceux qui refusent de remettre en cause leur mode de production et de consommation.

De quelle solution parlons-nous ? Nos océans sont actuellement vidés de leur faune halieutique par la pêche industrielle en eaux profondes. A ce rythme, nous préviennent les océanologues12, les chaînes trophiques ne parviendront bientôt plus à se reconstituer, et nos océans pourraient être vides de poissons vers 2040. L’exemple de la morue, disparue des eaux canadiennes au cours des années 1970 –-et que le Canada ne parvient toujours pas à réintroduire dans l’océan atlantique— témoigne du fait que l’extinction définitive des poissons est possible. Voulons-nous vivre dans une planète dont les océans seront peuplés de méduses ? C’est la question que pose l’encyclique.

Certes, la technologie et le génie humain ont un rôle déterminant à jouer dans la transition écologique qui est devant nous. Et inventer de nouvelles formes de prospérité dans une économie décarbonée n’implique nullement de renoncer à l’innovation, bien au contraire ! Nous serions bien inspirés, par exemple, de redoubler nos efforts d’investissement dans la recherche autour du stockage de l’électricité, de la capture du CO2 ou des manières “propres” de produire de l’énergie –-autant d’innovations que nous ne pourrons pas industrialiser de sitôt si nous ne mettons pas fin à l’effondrement actuel des crédits destinés notamment à la recherche. Mais qui peut croire que nous aurons, un jour, une “solution technique” pour ressusciter les poissons de mer ? La réponse de l’Église, par la voix de l’encyclique, est claire : commençons par cesser de détruire la planète, et inventons un monde respectueux de la création. Les rêves d’une “solution” en termes de géo-ingénierie, dénoncés à juste titre par François, sont au mieux des alibis pour ne pas agir131. Les apôtres d’une solution au problème climatique par la techno-science ressemblent à des apprentis-sorciers qui espèrent éteindre l’incendie avec les mêmes outils que ceux qui l’ont allumé. Et il n’est pas impossible que le plaidoyer de certains en faveur d’une solution technique —fabriquer une algue qui pourrait digérer le carbone, etc.— soient au mieux une grande naïveté, peut-être une manière de gagner du temps dans le débat public et au pire une tentative cynique pour surmonter les ultimes résistances de nos sociétés pour faire avancer leur cause —par exemple, la manipulation génétique.

Les mêmes questions se posent pour les abeilles, dont la disparition est programmée par notre usage agricole des néonicotinoïdes, comme pour les milliers d’espèces animales et végétales que nous détruisons chaque jour. Certes, il se trouve des commentateurs pour affirmer qu’une fois les abeilles éteintes, nous polliniserons avec des robots. Certains s’en réjouissent, estimant que cela fera d’ailleurs augmenter le PIB ! La vérité est malheureusement beaucoup plus crue : si nous provoquons, comme c’est vraisemblable, l’extinction des abeilles sur notre planète, nous serons contraints de polliniser nous mêmes, chaque année —sauf à programmer à très brève échéance la disparition de la vie humaine. Et ce seront des esclaves (vraisemblablement des femmes pauvres) qui feront ce travail à la main, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, notamment en Chine.

Est-ce la société que nous voulons construire ensemble ? Voilà la question que pose l’encyclique. Que l’on soit croyant ou non, refuser d’entendre cette interpellation, c’est répondre implicitement “oui” au désastre écologique annoncé et à la violence inouïe que certaines élites n’hésiteront pas à infliger au reste de l’humanité pour garantir les services écologiques dont dépend la survie de tous.

 

4. Un changement de modèle de l’entreprise ?

C’est donc bien par un changement radical de styles de vie que devraient passer les plus riches, si nous voulons assumer notre condition humaine sur une planète finie. Sur ce point, l’encyclique se montre d’une grande lucidité : elle dénonce explicitement les faux-fuyants que peuvent constituer le social business ou la croissance dite durable. François met en garde son lecteur contre les stratégies de certaines entreprises multinationales qui, sous couvert de contribuer à un développement durable (ou social) poursuivent une recherche de maximisation de profit qui, selon le pape, devient nuisible dès lors qu’elle prime sur toute autre considération.

A ce sujet, il n’est sans doute pas inutile de rappeler que l’analyse économique la plus “orthodoxe” possible, à savoir la théorie de l’équilibre général (inaugurée par les Prix Nobel, John Kenneth Arrow et Gérard Debreu dans les années 1950) est sans ambiguïté : hormis quelques situations exceptionnelles qui n’ont aucune chance de se rencontrer en pratique, la maximisation du profit ne garantit nullement la contribution d’une entreprise à la prospérité économique. Le corpus analytique néo-classique identifie en effet trois types de conditions sine qua non pour que la maximisation du profit puisse tenir ses promesses, sans lesquelles le permis même d’opérer d’une entreprise devient problématique :

  1. l’absence d’externalité exercée par la consommation ou la production d’un bien ou d’un service. L’impact écologique de l’activité d’un nombre non-négligeable d’entreprises implique que ce seul critère suffit déjà à rendre inéligible la maximisation exclusive du profit comme boussole d’une entreprise.
  2. L’inexistence de rendements d’échelle croissants ou de coûts fixes dans le processus de production d’un bien ou d’un service. Or l’essentiel des produits industriels ou agricoles implique ce type de « non-convexités »14.
  3. La capacité de l’entreprise à se “couvrir” via des instruments financiers adéquats contre n’importe quel risque auquel son activité serait exposé. Et cette fois, c’est la totalité des activités entrepreuneuriales qui sont disqualifiées car il devrait être clair que jamais les marchés financiers ne pourront proposer une telle panoplie d’instruments de couverture15.

Conclusion ? Le profit est certainement un moyen indispensable de vérifier la pertinence économique et sociale d’une activité marchande. Mais sa maximisation ne saurait en aucun cas constituer un impératif nécessaire et encore moins suffisant, même aux yeux de l’analyse économique qui lui est la plus favorable. L’encyclique appelle donc à une révolution copernicienne au terme de laquelle le profit, tout nécessaire qu’il soit, serait remis au service de la fonction sociale de l’entreprise, et encadré par le souci de minimiser la nuisance écologique engendrée par l’activité économique. Daniel Hurstel a su montrer comment une réécriture du Code civil permettrait de rouvrir l’entreprise à sa fonction sociale16. C’est même sa fonction politique qu’il importe aujourd’hui de repenser17.

5. Quelle décroissance ?

L’encyclique ne se contente pas de dénoncer la shareholder value. Elle va jusqu’à se prononcer en faveur d’une “certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ” (193). Bien que nuancée, cette prise de position constitue un vrai défi pour les économistes dont ont bien du mal aujourd’hui, non seulement à penser une alternative à la maximisation des dividendes versés aux actionnaires mais surtout un horizon qui ne soit pas structuré par la croissance du PIB. Elle constitue une provocation pour les milieux politiques occidentaux, pour qui, et depuis quarante ans au moins, la “croissance” est l’unique “solution” envisageable aux problèmes posés par le chômage de masse et la précarité.

Pourtant force est de reconnaître que la “croissance verte” a toutes les allures d’un nouveau mythe moderne : mis à part une très légère inflexion, en Europe, au cours des dix dernières années (et dont la question reste posée de savoir si elle ne correspond pas à un artéfact statistique), on n’observe pas empiriquement de découplage entre l’augmentation du PIB et de celle de la consommation de fossiles, et donc des émissions de gaz à effet de serre. Au contraire, depuis plusieurs décennies, la croissance du PIB est structurellement liée à l’augmentation de la consommation d’énergie (fossile essentiellement) dans la totalité des pays de l’OCDE18. Cela ne prouve pas stricto sensu qu’un tel découplage soit impossible à l’avenir. Mais cela signifie au moins qu’il est hautement déraisonnable de conserver la croissance du PIB comme condition sine qua non à tout projet de société —ce qui reviendrait à faire comme si nous savions qu’un découplage est possible dans le délai de quelques années qui nous est imparti avant que le dérèglement climatique ne devienne littéralement incontrôlable. Au contraire, et dans la mesure où la croissance des Trente Glorieuses a été due, pour une très large part, à l’augmentation de la consommation d’énergies extrêmement productives (au premier chef, le pétrole), il est de plus en plus vraisemblable que la planète ne puisse plus connaître les taux de croissance qu’elle a alors expérimentés (environ +3% de PIB par habitant chaque année). Il faut donc bien, qu’on le veuille ou non, penser l’avenir de notre économie-monde sans croissance.

Par ailleurs, il va sans dire qu’aux yeux du pape, “décroissance” ne saurait signifier renoncement au souci de donner un accès à un travail décent à chacun. Les pages de l’encyclique consacrées à l’importance du travail (124 sq) en témoignent. François n’ignore pas que le travail, salarié en particulier, reste le mode de socialisation majeur sur la planète entière et un enjeu de dignité pour chacun. Le défi que nous lance l’encyclique n’en devient que plus aigu encore : comment promouvoir une “certaine décroissance” au Nord tout en assurant un travail pour tous ? Aussi paradoxale que puisse paraître cette invitation, elle n’est pas cependant sans solution : la transition énergétique des énergies fossiles vers d’autres types d’énergie incluant les énergies renouvelables (biomasse, éolien, solaire, hydro-électrique) implique de substituer des énergies moins productives à celles qui ont fait le succès de la révolution industrielle et des Trente Glorieuses (et qui ont aussi favorisé la substitution des machines aux hommes aux dépens de l’emploi). Ces énergies moins productives vont devoir être accompagnées par davantage de travail humain —c’est évident dans le secteur agricole, par exemple mais cela vaut probablement dans la quasi-totalité des secteurs économiques. En d’autres termes, la transition énergétique n’est pas l’ennemi du plein-emploi, elle en est au contraire le meilleur allié.

6. Le lien entre écologie et finance de marchés.

La transition écologique n’en suppose pas moins, d’après François, que nous consentions à subordonner la propriété privée à ce que la tradition catholique nomme la “destination universelle des biens” (93 sq, voir aussi Gaudium et Spes 69,1), i.e., au fait que tout le monde ait le droit, entre autres, de respirer un air pur, de boire une eau saine, de bénéficier d’un travail décent ou encore d’avoir accès à une culture minimale. Certains lecteurs de la société civile se réjouiront de lire sous la plume du Pape que cela implique de résister à la privatisation des ressources naturelles (45). Ils entendront également que la finance “étouffe” l’économie réelle (109). Poursuivant sa dénonciation prophétique du veau d’or financier déjà entamée en diverses instances, le pape n’épargne pas ce qu’il tient pour le lieu de “la plus grande résistance” (56) au progrès vers une humanité réconciliée avec elle-même et avec la création : la finance de marchés19.

Les pages de l’encyclique sont ici déterminantes : l’écologie n’est pas seulement une affaire de zoologues et d’amateurs de biodiversité. Elle est concernée au premier chef par le dérèglement de la sphère financière inauguré depuis la mise en oeuvre de l’expérience néolibérale de déréglementation entamée dans les années 1980. Ici, François rejoint à nouveau la leçon de l’économie la plus orthodoxe. En effet, malgré les dénégations des apôtres du marché, l’économie théorique mainstream est formelle : les marchés financiers, dans la mesure où ils ne permettent pas à tous de se couvrir contre toute forme de risque, sont fondamentalement inefficients20. Aujourd’hui, ce sont eux qui, parce qu’ils promettent des rendements extravagants au prix de prises de risque irresponsables (toujours aux dépens des contribuables, et donc des pauvres) captent la liquidité monétaire et ne permettent pas que les tombereaux d’argent créés gratuitement par les Banques centrales depuis plus de dix ans, ne soient réorientés vers des investissements de long terme, et en particulier des investissements bas carbone.

Dit autrement, la transition écologique exige comme condition sine qua non, que nous ayons le courage politique de réglementer de nouveau la finance de marchés. Sans cela, en effet, les capitaux nécessaires aux infrastructures bas-carbone et aux efforts d’adaptation aux effets dévastateurs du dérèglement climatique continueront de faire défaut, au Nord comme au Sud. Or ce courage là, il semble que nos politiques, en Europe, ne l’auront pas si la société civile ne l’impose pas. Car, à l’heure qu’il est, une grande partie de la classe politique de gouvernement ouest-européenne est comme désarmée devant le lobby bancaire21. Contrairement à ce qui est parfois affirmé, les principales mesures à prendre pour réglementer les marchés financiers ne relèvent pas de la prouesse technique (n’en déplaise à l’adage si souvent répété qui pretend que “vous risquez de gripper une machine de haute-précision en tentant de la reformer”) : le lissage du cycle du levier financier peut servir de principe directeur à la réforme aussi bien des normes macro-prudentielles qu’à celle du modèle bancaire22. Et, dans ce contexte, la toute première mesure qui s’impose consiste à séparer effectivement les banques de marchés des banques de dépôt et de credit dans les pays isolés, comme la France ou l’Allemagne, où ce type de banque hybride continue de mettre en péril déposants et contribuables23.

Dans la mesure où la finance de marchés est le principal outil d’enrichissement d’une toute petite élite, consentir à la re-réglementer suppose que ladite élite accepte de renoncer aux bénéfices fabuleux qu’elle retire depuis plus d’une génération, de la dérégulation financière. Ce point est aussi, on le devine, le lieu d’une extraordinaire résistance de la part des plus favorisés puisqu’il demande que soit mis fin aux inégalités inédites engendrées depuis une quarantaine d’années : « les énormes inégalités qui existent entre nous devraient nous exaspérer particulièrement, parce que nous continuons à tolérer que les uns se considèrent plus dignes que les autres. Nous ne nous rendons plus compte que certains croupissent dans une misère dégradante, sans réelle possibilité d’en sortir, alors que d’autres ne savent même pas quoi faire de ce qu’ils possèdent, font étalage avec vanité d’une soi-disant supériorité, et laissent derrière eux un niveau de gaspillage qu’il serait impossible de généraliser sans anéantir la planète. »(90) Pourtant, les très hauts revenus, on l’a dit, sont ceux qui polluent le plus : les plafonner est le meilleur moyen d’imposer une limite à notre prédation écologique24. En outre, dès lors que l’on prend en compte l’instabilité intrinsèque des économies de marché, la réduction des inégalités n’apparaît plus «seulement » comme une nécessité en termes d’équité (ce qui serait déjà une raison suffisante pour la mettre en œuvre) mais également comme la condition indispensable d’évitement d’un effondrement économique25.

7. Un autre rapport au monde

Parvenu à ce stade, le lecteur, croyant ou non, ne peut manquer de s’interroger : sur quoi l’encyclique fonde-t-elle ses interpellations ? Il ne manquera pas d’observer, en effet, qu’à rebours d’une certaine néo-scolastique qui avait envahi le discours ecclésial catholique à la fin du dix-neuvième siècle, l’encyclique n’en appelle jamais à un moralisme de surplomb qui prétendrait dicter à son lecteur une morale prête à l’emploi, pas davantage qu’à des affirmations théologiques de type dogmatique26 prétendant, par leur statut, échapper au débat. Il n’en demeure pas moins que l’encyclique, conforme à sa propre prétention à la normativité, ne cède pas à ce qu’elle repère comme un relativisme, qu’on pourrait qualifier de pratique, visant à nier la pertinence de toute aspiration à une vérité qui transcenderait le calcul intéressé :

La culture du relativisme est la même pathologie qui pousse une personne à exploiter son prochain et à le traiter comme un pur objet, l’obligeant aux travaux forcés, ou en faisant de lui un esclave à cause d’une dette. C’est la même logique qui pousse à l’exploitation sexuelle des enfants ou à l’abandon des personnes âgées qui ne servent pas des intérêts personnels. C’est aussi la logique intérieure de celui qui dit : ‛Laissons les forces invisibles du marché réguler l’économie, parce que ses impacts sur la société et sur la nature sont des dommages inévitables’. (123)

En premier lieu, c’est sur une anthropologie relationnelle que François entend appuyer sa prise de parole. L’encyclique invite en effet croyants et non-croyants à vivre une anthropologie de la relation27, à égale distance d’une vision de l’homme comme “maître et propriétaire de la nature” —dont il rappelle qu’elle n’a rien à voir avec la tradition biblique—, d’une nature mystifiée (78) et d’un bio-centrisme qui oublierait qu’aux yeux des chrétiens, Dieu s’est fait homme. Hommes et femmes sont relation : entre eux, avec Dieu et avec une nature dont ils sont les “gardiens”28. C’est le mépris de cette relation dans la “globalisation de l’indifférence” digitale (47) à quoi se réduit aujourd’hui la mondialisation marchande, qui serait commun, selon François, aussi bien à ceux qui abusent sexuellement des enfants qu’à ceux qui plaident pour un marché prétendument auto-régulé (123) sans tenir compte de son incapacité à gérer efficacement la moindre forme d’externalité (sociale ou climatique). Cette position vigoureuse nous conduit au cœur de l’encyclique : l’articulation entre une anthropologie relationnelle et l’attention aux biens communs universels constitue le socle (indissociablement philosophique et théologique) sur lequel, sans doute, devrait se penser aujourd’hui le renouveau radical auquel nous sommes appelés par le défi écologique.

Dans le droit fil du cantique des créatures de Saint François d’Assise ou encore de la théologienne nord-américaine Elizabeth Johnson29, François lance donc un appel pour que toutes et tous prennent leur part d’une “communion universelle” en faveur d’une “écologie intégrale”, consistant à transiter d’une société inégalitaire, carbonée et financiarisée vers un monde plus juste, en harmonie avec la création et dont l’économie définanciarisée doit apprendre désormais à imiter la circularité des ecosystèmes naturels.

Où l’expérience théologale de foi chrétienne se loge-t-elle là-dedans ? Dans la conviction que l’humanité est capable d’un tel sursaut. Avec beaucoup de perspicacité, en effet, Edgar Morin observe que « le christianisme a connu une contradiction entre certains de ses développements historiques et son message initial, évangélique, qui est amour des humbles. Mais, après que l’Église a perdu son monopole politique, une partie d’elle-même a retrouvé sa source évangélique. La dernière encyclique est un ressourcement évangélique intégral » (loc. cit.). De fait, le style même de l’encyclique signale une réconciliation entre le genre littéraire de l’énoncé magistériel et la « pastoralité » mise en avant notamment par jean XXIII lors de son discours d’ouverture du dernier Concile. Pastoralité qui, selon le théologien Christoph Theobald30, signifie que le magistère ecclésial est d’abord appelé à réguler la manière dont l’Église s’ouvre constamment, ou non, aux ressources inouïes de « sainteté » enfouies dans l’épaisseur de nos sociétés. Que signifie, ici, « sainteté » ? L’absolue cohérence entre le dire et le faire (là où nous tous sommes pris dans la contradiction d’une exigence écologique dont nous peinons tant à honorer l’exigence) et l’hospitalité radicale, messianique, à l’altérité : celle d’autrui, celle de Dieu et celle du monde (dont nous ne pouvons pas changer la seconde loi thermodynamique au gré de nos caprices).

L’encyclique Laudato Si’ tente de faire droit à un tel principe (exorbitant, si l’on y réfléchit) de pastoralité en se situant tout d’abord elle-même de plain-pied dans le débat scientifique, et en acceptant de consentir au consensus aujourd’hui établi concernant l’origine anthropique des émissions de gaz à effet de serre. Ensuite, en plaçant sa propre parole en dialogue avec celles des instances internationales, notamment les conférences des Nations Unies qui, depuis vingt ans, s’efforcent d’orchestrer une prise de conscience écologique mondiale avec plus ou moins de succès. En outre, en fondant sa propre prise de parole sur une anthropologie relationnelle éminemment enracinée dans la tradition chrétienne et, en même temps, audible par l’éthos mondial contemporain. Surtout, on l’a suggéré plus haut, en faisant confiance dans la capacité de nos sociétés à se laisser interpeller par l’exigence d’une « écologie intégrale » capable d’articuler environnement et justice sociale sans se laisser aveugler par les mirages de la techno-science ou d’une globalisation marchande financiarisée.

C’est sans doute à l’aune de ces deux critères —la cohérence interne et l’hospitalité— que la manière dont nos sociétés, et chacun de nous à travers nos propres « styles de vie », répondront aux défis des dérèglements écologiques révèlera si cette confiance était bien placée, ou non.

1 Pour une contribution récente, cf le colloque “Religion and Sustainable Development: Building Partnerships to End Extreme Poverty” du 7 juillet 2015, (http://live.worldbank.org/religion-and-sustainable-development-lancet-faith-based-healthcare).

2 Au sens théologal que Christoph Theobald sj. donne à ce concept in La Réception du Concile Vatican II – accéder à la source, Unam Sanctam, Cerf, 2009.

3 « Style » (dont le lexique apparaît dans l’encyclique dès le numéro 15 à travers la « proposition de nouveaux styles de vie ») est à prendre, ici, en un sens situé au croisement de l’éthique communicationnelle habermassienne et de la stylistique de Hans Urs von Balthasar, cf. Ch. Theobald, Le Christianisme comme style – une manière de faire de la théologie en postmodernité, Cogitatio Fidei, Cerf, 2007.

4 « Laudato Si est peut-être l’acte I d’un appel pour une nouvelle civilisation », La Croix, 22 juin 2015.

5 « N’affadissons pas Laudato Si’ », Pèlerin, 3 septembre 2015.

6 Les encycliques précédentes de Benoît XVI, par exemple (notamment Caritas in veritate), tout en reconnaissant la réalité du dérèglement, se gardaient d’en identifier les causes anthropiques, tandis que la déclaration de la conférence épiscopale d’Allemagne Der Schöpfung verpflichtet. Anregungen für einen nachhaltigen Umgang mit Energie. Ein Expertentext zu den ethischen Grundlagen einer nachhaltigen Enegieversorgung. Arbeitshilfen Nr. 245, n’engage pas le magistère universel.

7 Cf. e.g., Gérard Thoris « Le pape François danse avec les loups », La Croix, 31 août 2015.

8 Cf. G. Giraud « Le diagnostic et les solutions des économistes » in Un Monde d’inégalités – l’état du monde en 2016, (B. Badie etD. Vidal, dir.) La Découverte, 2015.

9 « Nord » et « Sud » étant certainement, ici, à interpréter de manière nuancée : sur les deux hémisphères du globe, ce sont les catégories économiquement favorisées qui sont avant tout responsables de la pollution (cf. G. Giraud et C. Renouard, Le Facteur 12 – pourquoi il faut plafonner les revenus , Carnets Nord, 2012) . Par ailleurs, étant devenue le deuxième contributeur mondial au stock historique de carbone répandu dans l’atmosphère, la Chine ne peut plus guère prétendre appartenir au « Sud ».

10 Qu’il suffise de renvoyer aux conventions de comptabilité environnementale adoptées par les Nations Unies en 2012, http://www.worldbank.org/en/topic/environment/brief/environmental-economics-natural-capital-accounting

11 « Mobiliser les financements pour le climat – une feuille de route pour financer une économie décarbonée », http://www.elysee.fr/assets/Uploads/Telecharger-le-resume-du-rapport.pdf

12 Stephan Beaucher, Plus un poisson d’ici trente ans ? Surpêche et désertification des océans, Les petits matins, 2011.

13 Clive Hamilton, Les Apprentis-sorciers du climat – raison et déraison de la géo-ingénierie, Coll. Antropocène, Seuil, 2013.

14 Techniquement, les rendements d’échelle décroissants se traduisent par la convexité de ce que les économistes désignent comme l’ensemble des plans de production techniquement réalisables. Toute forme de non-convexité rend potentiellement caduque la maximisation du profit, cf. G. Giraud in Produire plus, polluer moins : l’impossible découplage ? Les petits matins-institut Veblen, 2014.

15 Cf. G. Giraud, Illusion financière, Atelier, (3ème éd. 2014).

16 D. Hurstel, La Nouvelle économie sociale – pour réformer le capitalisme, Odile Jacob, 2009 et Vingt Propositions pour réformer le capitalisme, Flammarion, (G. Giraud et C. Renouard, dir., 3ème éd. 2012).

17 Cf. Frédéric Baule, Wavier Becquey et C. Renouard, L’Entreprise au défi du climat, Atelier, 2015.

18 Gaël Giraud et Zeynep Karhaman (2014) “How Dependent is Growth from Primary Energy ? The Dependency ratio of Energy in 33 Countries (1970-2011) », Document de travail Centre d’économie de la Sorbonne, 2014-97.

19 En cela, François s’inscrit de nouveau dans la grande tradition du discours social de l’Église catholique. Dès 1931, en effet, l’encyclique Quadragesimo Anno de Pie XI fustigeait la « dictature de la finance » en des termes qui n’ont pas pris une ride aujourd’hui.

20 De tels marchés sont dits « incomplets » (cf. Illusion financière, op. cit.).

21 Cf. e.g., Adrien de Tricornot, Mathias Thépot et Franck Dedieu, Mon amie c’est la finance ! Comment François Hollande a plié devant les banquiers, Bayard, 2014.

22 G. Giraud «Régulation financière : le cycle du levier comme principe directeur »in Comment la Régulation financière peut-elle sortir l’Europe de la crise ? (Ch. de Boissieu, F.-G. Le Theule et P. Bailo, dir.), ENA-Labex REFI, 2014.

23 Voir Mon Amie… op. cit. ainsi que G. Giraud et ThL Kockerols « Making the European Banking Union macro-economically Resilient », Rapport pour le Parlement Européen, 16 juin 2015, http://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document.html?reference=EPRS_STU(2015)558771

24 Cf. Le Facteur 12… op. cit.

25 Gaël Giraud et Matheus Grasselli (2015) “Inequality, Leverage and the Dynamic of Wealth”, doc. de travail de la chaire « Energie et Prospérité », à paraître.

26 Au sens précis de la « théologie dogmatique » tel qu’on l’entend dans la Kirchliche Dogmatik de Karl Barth.

27 Déjà fortement présente dans Evangelii gaudium, et qui plonge ses racines dans une certaine teologia del puebla latino-américaine, incarnée notamment par Juan-Carlos Scannone.

28 On trouvera, e.g., dans G . Giraud et al. (2013) « Relational Capability Index: A Multidimensional Approach » (http://www.ferdi.fr/sites/www.ferdi.fr/files/idi/I15_relational%20Capability_web.pdf) la déclinaison d’une telle anthropologie en termes d’indicateur de mesure du développement.

30 Selon l’Esprit de sainteté, Cogitatio Fidei, Cerf, 2015.

(dessin : @Deligne, pour Pèlerin)

« François, le pape vert » : le virage écolo du Vatican raconté par onze personnalités dans un livre

PapeCouv

Nicolas Hulot, Jean Jouzel, Leonardo Boff et huit autres personnalités spécialistes des questions d’environnement, de tous horizons (scientifiques, philosophes, politiques, religieux), analysent le formidable écho de l’encyclique sur l’écologie du pape François, Laudato Si’. Et ce qu’elle change profondément, aussi bien dans l’Église catholique qu’en dehors.

Si certains portent des critiques sur tel ou tel point de l’encyclique, tous les contributeurs soulignent sa puissance, aussi bien sur la forme que sur le fond.

Le constat est unanime : jamais une encyclique n’a eu un tel impact ni suscité un tel enthousiasme. Ce livre est le premier à analyser en profondeur l’impact de cette encyclique et des positions du pape sur l’écologie.

Les contributeurs :

–  Guy Aurenche, avocat, président du CCFD-Terre solidaire

Leonardo Boff, théologien brésilien

Pierre Cannet, responsable du programme « climat et énergie » à WWF-France

Gaël Giraud, jésuite, économiste

Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, président de la Fondation pour la Nature et l’Homme

Jean Jouzel, climatologue, membre du GIEC et du Conseil économique, social et environnemental

Elena Lasida, économiste franco-uruguayenne, professeur à l’Institut catholique de Paris, chargée de mission « écologie et société » à la Conférence des évêques de France

Corine Pelluchon, philosophe

Jean-Marie Pelt, botaniste, essayiste, président de l’Institut européen de l’écologie

Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, président de Pax Christi – France

Odon Vallet, historien des religions, essayiste

François, le pape vert – Éditions Temps Présent – 152 pages – 9 euros

En librairie le 13 novembre 2015

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